Un couple astralisé, deux egos déconnectés de leur source

 

 

Si j’ai connu à tes côtés des moments de grand bonheur - que tu as peut-être parfois partagés - Je reconnais aujourd’hui que n’ai pas réussi à te rendre heureuse.

 

Triste constat.

 

 

 

 

Face à cet échec, mon attitude est longtemps restée la même : 

Persuadé que ta souffrance ne m’était en rien imputable puisqu'elle venait, pensais-je, d’ailleurs, de ton enfance, je suis resté convaincu d'avoir fait pour toi tout ce que ce qu’il était possible de faire. 

 

Cette vision, qui avait pour vertu de soulager ma conscience et d’éloigner toute éventuelle remise en cause de mon comportement, masquait une réalité autrement plus dérangeante : j’ai été responsable en grande partie de ton malheur, je t’ai fait beaucoup de mal et j’ai même failli te détruire.

 

Aujourd’hui je vois plus clair ;

je t’ais entendue;

et je regrette.

 

Je vois à quel point mes extravagances, 

mes colères, mon agitation, mes sautes d’humeurs,

mes folles exigences, mes scandales ,  

mes angoisses, mes visions morbides,

mes sarcasmes, 

mes abus de pouvoir, 

mes fureurs, mes haines, mes condamnations,

je vois à quel point tout ce fatras toxique a pu être pour toi déstabilisant, fatigant, destructeur.

 

Je vois cette façon humiliante que j’aie de garder le silence au moment même où tu attends de moi une parole rassurante, 

qui te laisse désemparée et comme au bord du vide; attitude malsaine qui trouble tout alentour et crée le désarroi, sentiment pour moi d’être le maître du jeu et pour toi la souffrance d’être rejetée et bafouée.

 

Je vois cette opacité glaçante qui diffuse du bizarre, déstabilise, qui interdit toute intrusion et te laisse sans prise, seule, découragée ;

cette propension à ne voir que le négatif de toute chose et freine tout élan;

ce besoin de  tout compliquer et d’analyser au scalpel, qui angoisse et dénature la vision saine que tu as du monde;

cette folie de vouloir tout contrôler, tes actes comme tes pensées; 

cette omniscience de celui qui «sait» et qui te traite comme une enfant, qui te censure en public sous prétexte de te protéger.

 

Je vois ce recours culpabilisant au lien familial et à celui de l’amour dont j’use régulièrement.

 

Je vois, et combien je regrette, ces instants cruels où je t’ai laissé t’enferrer dans des situations inextricables, humiliantes ou culpabilisantes sans te porter secours.

 

Je vois ce brouillard protecteur dans lequel je m’agite et qui rend insaisissable mes actes et mes paroles ;

je sais le manque de clarté de mes demandes et de mes besoins;

la manière équivoque que j’ai de me placer en victime.

 

Je vois ces changements brusques de sujet au cours d'une conversation;

ma façon violente d’éviter ou de m’échapper d’un entretien en quittant brusquement la place.

 

J’entends ces critiques qui n’ont pas l’air d’en être et qui te dévalorisent sans jamais donner l’impression de te juger. 

 

Et puis, j’entends ces mots qui font mal;

ces mots à double détente; 

qui mordent en un éclair; 

qui font des plaies indolores qui s’infectent après coup;

ces mots qui blessent sous couvert d’humour.

 

Enfin, je constate aujourd’hui combien il a dû être difficile pour toi de vivre à mes côtés, sereinement ;

difficile de respirer, 

difficile d’évoluer en liberté,

de te sentir en sécurité,

de t’estimer.

 

Pourras-tu me pardonner pour tout ce mal ?

 

Me pardonner aussi d’avoir installé entre toi et les enfants un vide que je pensais protecteur

mais qui ne faisait que couper la famille en deux.

D’avoir abusé trop souvent de ma position de parent, allant même jusqu’à te voler ton rôle de mère.

D’avoir été leur complice à ton détriment.

De ne pas leur avoir dit assez qu’ils avaient une mère exceptionnelle dont ils pouvaient être fiers et sur qui ils pourraient toujours compter.

De ne pas avoir été toujours de ton côté quand il fallait leur faire face.

 

...Il y a aussi l’ogre amoureux que tu redoutes de croiser, toujours galant, serviable, attentionné ;

qui se couche à tes pieds  et entrave ta marche; toujours avide de caresses et de consolations, et jamais rassasié.

qui t’enferme dans son regard suppliant, t’englue dans sa tendresse, te fait honteusement pitié…

 

…et tu enrages de te sentir coupable, de le haïr presque ;

 

Partir pour respirer enfin, être libre...

 

Pourras-tu me pardonner enfin d’être ce type impossible à vivre,

retord, rusé, fuyant, incertain, fatiguant, angoissant, bizarre,

bavard, excentrique, provocant, manipulateur, démoralisant, plaintif, culpabilisant, envahissant, possessif et obsédé.

 

j’ai maintenant besoin de me racheter.

Vois, je me repends.

Accorde-moi ton pardon.

 

 ________________________________________________

 

Ma chère...

 

À te lire, je vois que tes plaies saignent toujours et que ton pardon est encore à venir. 

 

Mais que tu fasses mine de me l’accorder est déjà très important.

 

C’est un encouragement à ne pas faillir à ma promesse ; 

à ne pas oublier le mal que tu as subi ;

à rester en éveil.

 

Cette lettre m’y aidera et me servira de guide tout au long du travail de reconstruction que j’entreprends.

 

Comme tu le dis si bien, maintenant «la balle est dans mon camps».

 

Alors souhaite moi bonne chance.